Fille ou garçon : comment on influence les enfants…

Début octobre, j’ai assisté à un colloque sur l’identité de genre. Est-ce qu’on naît fille ou garçon ou est-ce qu’on le devient ? Et qu’est-ce que nous mettons derrière ?

poster fille garcon c-est la meme chose

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L’identité de genre n’est pas innée. ça se construit petit à petit, notamment à travers la manière dont nous entourons les enfants de nos paroles, de nos gestes…
Les catégories « fille/garçon » sont identifiées très tôt par l’enfant, avant ses 2 ans.
Il est capable de s’identifier fille ou garçon à partir de 2 ans et demi – 3 ans.
L’identité de genre est stable vers 7 ans.
Après 5-7ans, les attitudes et comportements de l’enfant sont très stéréotypés.
Il y a ensuite une période de latence, surtout chez les filles.
Puis vient l’adolescence avec la confirmation de soi au sein d’un groupe de pairs et les choix amoureux. Attention ! Il ne faut pas confondre identité de genre et identité sexuelle : c’est différent !!! J’y reviendrai.

Comment se construit t’elle ?
Selon plusieurs études (dans lesquelles vous ne vous y retrouverez pas forcément, pas pour tout, mais ça amène à réfléchir sur ce que nous pouvons faire ou pas), nos attitudes varient en fonction du sexe de l’enfant que nous avons en face de nous et ce, très souvent, de manière inconsciente :
– messages non verbaux : on sourit plus aux filles
– messages verbaux : nos intonations de voix sont différentes, plus douces avec les filles. Souvent, un papa s’adresse à son garçon comme à un adulte.
– notre façon de porter les enfants (par ex, on verra souvent un papa « jeter » son fils sur le lit, moins avec sa fille)
– notre façon de donner à manger (de manière plus active avec un garçon)
– la décoration de la chambre (va t’on mettre des papillons dans la chambre d’un garçon ? ou un petit train pour frise dans la chambre d’une petite fille ?)
– les vêtements
– les jouets
L’enfant verra rapidement une différence entre les filles et les garçons, notamment en voyant ce que ses parents ou ses proches font (maman, mamie… se maquillent, papa, papy… se rasent).

Le cerveau a t’il un sexe ?
Qui n’a pas dit un jour que la femme n’avait pas le sens de l’orientation ?? hein, qui ? :-) et que l’homme en aurait davantage… Mouais.
C’est faux ! Le sens des nombres et de l’orientation dans l’espace, le langage pour manipuler ces notions et les raisonnements se développent de la même manière chez chacun. Sauf qu’il n’y a pas deux cerveaux identiques. A la naissance, bébé a 10% de ses neurones connectés entre eux. L’environnement et les apprentissages jouent un rôle sur les connexions de ceux-ci. Comme chacun de nous a une expérience de vie différente, chacun a un cerveau différent, qu’il soit homme ou femme. Logique, n’est-ce pas ? :-)

Les différences de comportement entre les sexes émergent progressivement en interaction avec l’influence du milieu social de l’enfant.
Pour exemple, à 3 mois, l’enfant n’a pas de préférence de jouets. A 10 mois, les préférences sont peu significatives. A 3 ans, elles le sont clairement.
L’espace social a une influence : les rayons des magasins, les catalogues de jouets, les spots publicitaires, la littérature enfantine… même si cela évolue ces derniers temps. Mais on voit encore souvent les pages bleues pour présenter les jouets garçon et les pages roses pour les filles… Une illustratrice de livres pour enfants a fait une expérience avec des loulous âgés de 5 ans environ je dirais. Elle leur a montré une image d’ours. « Comment faire pour savoir que c’est le papa ? – Tu n’as qu’à lui mettre des lunettes et un journal. – Et pour la maman ? – Un tablier. » Okkkk… Bon, y’a de quoi faire ! :-)

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Catalogue de jouets Super U 2012. Source

C’est vrai que nous influençons les enfants.
Selon des études (encore. Il faut dire que le sujet pose question), les pères donnent plus des jeux stéréotypés aux enfants que les mères. Par contre, celles-ci aident plus rapidement leur loulou en train de faire un puzzle par exemple, alors que le papa va refuser de l’aider, lui disant « essaye, prends une autre pièce », sans faire à sa place. Mais ce n’est pas sûr qu’il ait la même attitude s’il s’occupe d’une fillette.
Encore une fois, peut-être que ce n’est pas votre cas mais c’est intéressant de se pencher sur notre manière d’être avec les enfants.
Pourquoi ? C’est vrai, est-ce embêtant de vouloir que le garçon joue à la voiture et la fille à la poupée ? Non. Mais (parce qu’il y a un « mais »), on se plaint souvent que le petit gars est bagarreur et la fille pas très téméraire. Si on laisse le garçon jouer à des jeux d’imitation (dînette, poupée…), il va développer des compétences d’empathie et de liens sociaux. Ce qui lui sera très utile pour sa vie future. Si on laisse la fillette monter aux arbres, elle va gagner en connaissance de son corps, sera plus à l’aise, plus confiante. Et on sait à quel point c’est important d’être bien dans son corps… Ce sont deux exemples parmi beaucoup d’autres.
J’ai envie de dire « pourquoi on ne le laisserait pas choisir le jeu qu’il veut ? ». Qu’est-ce qui dérange quand on voit le petit garçon jouer à la poupée ? Il imite peut-être son papa ? Il développe ses compétences à s’occuper d’un bébé (ça restera dans sa mémoire, ça ne fera pas tout bien sûr mais ce sera moins « nouveau »).
Autre question : pourquoi voir une fillette déguiser en pirate ne gêne pas mais un garçon habillé en princesse dérange… ? Pourquoi ? Ne serait-ce pas la peur de voir ce petit gars avoir une tendance à être efféminé ? Le spectre de l’homosexualité guette, non ? Pourtant, identité sexuée n’a rien à voir avec l’identité sexuelle. Ces jeux n’auront AUCUNE incidence sur l’orientation sexuelle de l’enfant.
J’ajouterais que l’homosexualité n’est pas une maladie… ni une honte. On ne devrait pas / plus avoir ce genre de réactions.

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Suite à ce colloque, ma collègue présente avec moi et moi avons réfléchi à notre manière d’être à la crèche. Nous n’avons pas le sentiment de porter différemment les filles et les garçons. Idem en question de manière de leur parler. Il n’y a pas de différence quant aux activités (le choix des couleurs, les activités motrices, de langage, les jeux d’imitation…). A la crèche, le petit gars qui veut se déguiser en princesse peut le faire. Bien sûr ! En même temps, il n’y a que dans ces circonstances qu’il peut s’essayer à être quelqu’un d’autre et c’est amusant d’être un pirate, puis un clown, puis Blanche-Neige, etc.
Par contre, j’ai toujours une réticence à mettre la photo de ce loulou déguisé sur le site internet, espace privé des parents… Pourquoi ? J’ai peur que ça dérange ses parents de savoir que les autres familles l’ont vu ainsi costumé. Je ne devrais pas ! Mais les étiquettes, les commentaires… tout le monde n’est pas toujours réfléchi ni très « fin » dans ses réflexions. Aujourd’hui, après m’en être rendue compte, je regrette de faire ce choix et je pense que nous allons ajouter un paragraphe sur ce point dans notre projet pédagogique. Pour informer, pour expliquer à ceux qui ne comprendraient pas, pour affirmer notre position.
Nous avons aussi réalisé que quand un enfant est malade, nous appelons prioritairement sa maman… Pourquoi ? Son boulot est certainement aussi important que celui du papa ? Pourquoi partir du principe qu’elle pourra plus facilement se libérer ?
Quand nous avons une question sur l’alimentation du loulou, idem ! nous demandons d’emblée à sa maman… Pourquoi ? Son papa s’en occupe aussi… Certes, il arrive que certains pères ne soient pas à l’aise sur cette question mais c’est à eux de nous le dire, pas à nous de partir du principe que.
Alors nous allons demander aux parents de nous indiquer lequel des deux nous devons appeler en premier si besoin. Leur laisser le choix. Chacun a son rôle de parent et nous ne devons pas, nous à notre niveau, faire de différence.
Une collègue a regardé les catalogues de jouets avec quelques enfants. Elle me dit : « Il a trouvé ce qu’il veut pour Noël ». Moi : « c’est quoi ?. – Un téléphone de fille. – Pourquoi de fille ? – bah, il est rose. – et un garçon ne peut pas vouloir du rose ? Tu n’aimes pas le bleu, toi ? – si, c’est vrai. » Interrogeons-nous.
Demandez-vous pourquoi des jeux de fille, de garçon ? Et pourquoi pas ? Et qu’est-ce qu’un jeu de fille, de garçon ? y’a t’il vraiment des jeux de fille, de garçon ? Pourquoi tous les jeux ne pourraient-ils pas être mixtes ? Pourquoi du rose, du bleu ? Et pourquoi pas ?

Il n’y a aucune crainte à avoir ! Au contraire, les loulous ont tout à y gagner d’expérimenter le maximum de jeux et possibilités !
Faites passer le message 😉

4 commentaires

  1. jessica

    Très intéressant votre texte. J aime beaucoup votre réflexion, vos articles. Et je m interrogeais également à ce sujet. Mon fils de 2ans1-2 aime se deguiser avec sa cousine en princesse fee porter bijoux et sacs à mains….. ce qui a chaque fois fait beaucoup rire mais quand on poursuit la discussion ca choque. Du coup je m interrogeais….. plus maintenant. …. MERCI. Belle journée à vous.

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    • Madame Gazouille Madame Gazouille

      Merci :-)
      Je suis contente que ça ait pu vous donner des réponses !

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  2. Merci pour ton article ! J’aime lire ce genre de sujets qui me donne des arguments contre tous ceux qui me disent que je ne dois pas laisser mon fils jouer à la poupée, à l’aspirateur ou à la cuisine.

    J’ai écris un article il y a quelques temps sur mon blog concernant le fait que mon fils joue au papa, si jamais ça t’intéresse :

    http://mamankawazu.com/2015/11/12/mon-petit-garcon-joue-a-la-poupee-mon-petit-garcon-joue-au-papa/

    Parce que je ne me suis jamais posée la question de « Est-ce bien ou mal ? », je me suis toujours dit qu’il jouait simplement au papa. Son papa par contre est plus réticent niveau poupée… Il a fait un grand pas en lui achetant l’aspirateur, en acceptant la cuisine, mais la poupée il a beaucoup de mal. Pourtant cela n’empêche pas du tout mon fils de jouer aux petites voitures à côté… Moi étant petite j’adorais jouer aux voitures (je déteste conduire aujourd’hui et ça ne m’intéresse pas du tout) et à la bagarre mais aujourd’hui je suis trés féminine et pacifiste. 😉

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    • Madame Gazouille Madame Gazouille

      :-) de rien
      Oui nos jeux enfant ne laissent pas présager nos goûts futurs !
      Petit à petit, le papa le vivra peut-être mieux.
      Merci pour ton commentaire.

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